
Un scénario pour REVES Science-fiction dans l’univers de Serenity par Jérôme Darmont, publié dans la Lettre de la FFJdR n°19.
Serenity est un univers de science-fiction mâtinée de western. Il est adapté de la série culte écrite par Joss Whedon (vous savez, le papa de Buffy et Angel et rôliste notoire, d’où les fréquents clins d’œil dans ses séries) : Firefly, interrompue au cours de sa première saison aux Etats-Unis (et malheureusement non diffusée en France), mais qui a fait un carton à sa sortie en DVD. Cela a permis à une suite (le film Serenity, qui lui est sorti chez nous) de voir le jour. Il a récemment été officiellement adapté en JdR.
Firefly et Serenity mettent en scène les aventures de l’équipage, un peu loser mais attachant, d’un transport spatial qui sillonne les planètes les plus éloignées du centre de l’univers connu et de son gouvernement très policé : l’Alliance. Sur ces mondes moins développés technologiquement, où armes à feu et chevaux sont encore monnaie courante, seuls les plus roublards ou les meilleurs tireurs s’en sortent.
Ce scénario exploite à fond le côté western de l’univers. Il est aussi directement inspiré et écrit en hommage au film éponyme de Sergio Leone (Il était une fois dans l’Ouest, pour les anglophobes, mais j’ai trouvé que ça sonnait mieux en anglais). Aussi, évitez de mentionner le titre du scénario à vos joueurs avant de le jouer, cela risque de leur gâcher complètement la surprise. Évidemment, certains d’entre eux auront vu le film et comprendront le fin mot de l’histoire rapidement, mais rien ne dit que le scénario de JdR doit se terminer comme celui du film... N’hésitez pas à les prendre à contre-pied s’ils se montrent trop sûrs d’eux !
Paquin, surnommée la planète gitane, est un monde de la Frontière. L’équipage des personnages y fait escale, soit pour livrer des marchandises, soit pour profiter des spectacles innombrables offerts en ce lieu enchanteur. Mais une fois les poches vides ou les cales pleines, selon le sérieux des personnages, il faut bien repartir...
L’équipage est alors contacté par Ms Jill McBain. Elle recherche un vaisseau pour rejoindre son mari sur une lune du nom de Rockface, paumée quelque part entre le Noyau et le secteur d’Athens et Whitefall. Elle offre un prix raisonnable pour son passage. Si les personnages sont âpres au gain, elle peut aller jusqu’au double ce qui serait de l’arnaque et la mettrait sur la paille. Sa dernière option est de faire du charme au capitaine...
(Cuisine, Falsification, Séduction, Comédie, Intuition, Jeu, Lire sur les lèvres)
| Force | : | Faible | |||
| Résistance | : | Moyenne | Santé | : | Moyenne |
| Agilité | : | Moyenne | |||
| Perception | : | Bonne | |||
| Éducation | : | Bonne | |||
| Apparence | : | Excellente | |||
| Pouvoir | : | Bonne |
Ex-compagne de la Guilde, volontaire, divinement belle et élégante (Claudia Cardinale, quoi !), sachant ce qu’elle veut, Jill McBain, lasse de sa vie sur Paquin, a cru aux promesses de fortune d’un irlandais et l’a épousé...
AVANTAGES : derringer dans la botte, héritière de McBain, pouvoir intuition
Si l’équipage se renseigne sur le Cortex à propos de Rockface, il ne découvre rien de bien intéressant. Cette lune porte bien son nom. Baignée par la lumière orangée de la géante gazeuse autour de laquelle elle orbite, elle est essentiellement montagneuse et tire ses ressources de l’élevage intensif d’une espèce de bouquetin et de l’exploitation de mines diverses. Les rares plaines de Rockface sont des déserts torrides. La température n’est agréable qu’en altitude. Toutefois, voilà qui peut déjà donner aux personnages des idées de cargaison à emporter pour une opération commerciale fructueuse. En tout cas, il faut espérer qu’ils acceptent l’offre de Ms McBain, sinon il faudra recycler le scénario une autre fois !
Le voyage jusqu’à Rockface se déroule, sauf facétie du MJ, sans encombre. En revanche, une fois sur place, les choses se corsent. Tout d’abord, la lune ne dispose d’aucun astroport digne de ce nom. L’équipage est donc contraint de poser son vaisseau sur un plateau étroit, près de la ville de Tabland, la plus proche de la propriété de Brett McBain, le mari de leur passagère. La manœuvre est Difficile. Si le MJ le souhaite, les vents qui soufflent par rafales entre les montages compliquent encore l’affaire et risquent de clouer les personnages au sol (une bonne tactique pour les forcer à continuer l’aventure). La manœuvre est alors Très difficile.
Les personnages n’ont guère le temps de se remettre de leurs émotions. Sitôt sortis de leur vaisseau pour évaluer les éventuels dégâts, ils sont « accueillis » par deux à quatre types vêtus de manteaux bruns (selon la puissance de feu de l’équipage) à l’allure assurément patibulaire. Ils en veulent à Ms McBain. Plus précisément, ils enjoignent à elle et à l’équipage de repartir d’où ils viennent sur-le-champ.
Si des Indépendants font partie de l’équipage, ils ne suscitent aucune sympathie de la part de ces hommes (c’est louche). Le comité d’accueil n’hésite pas à recourir à la violence si les personnages refusent de s’en aller. Gageons que ces derniers ne se laissent pas marcher sur les pieds ainsi !
(équitation, fusillade, bagarre, intimidation, survie, pister)
| Force | : | Bons | |||
| Résistance | : | Moyens | Santé | : | Moyenne |
| Agilité | : | Bons | |||
| Perception | : | Moyens | |||
| Éducation | : | Faibles | |||
| Apparence | : | Faibles | |||
| Pouvoir | : | Moyens |
AVANTAGES : armes à feu diverses, chevaux
Une fois l’équipage débarrassé de ses assaillants, il a un peu plus le temps de s’organiser. Tabland est un gros bourg fréquenté par un tiers d’éleveurs fleurant bon le bouquetin (et occasionnellement, de leurs troupeaux), un tiers de mineurs venus dépenser leurs revenus « à la ville » et un tiers de marchands et de négociants qui achètent les produits des éleveurs et des mineurs et leur revendent vivres et fournitures diverses.
Si certains personnages ont besoin de soins, le médecin de Tabland peut les aider. Par ailleurs, si les personnages se renseignent sur les manteaux bruns, ils peuvent s’apercevoir que leur seule mention fait frémir les villageois de peur. Selon eux, seule la bande de hors-la- loi de Chen Yen porte cet habit dans le coin.
Avec tout cela, personne n’est venu chercher Jill McBain. Les gens de Tabland n’ayant pas vu son mari et son communicateur ne répondant pas, elle doit de nouveau faire appel aux personnages pour l’emmener sur place. La propriété de Brett McBain est située dans une grande plaine désertique en contrebas, sans doute la plus étendue de la planète. D’ailleurs, personne à Tabland ne comprend pourquoi ce fou d’irlandais s’est ruiné pour cette propriété incultivable, ce qui ne semble pas mettre Ms McBain de bonne humeur. Questionnée, elle avoue aux personnages que son mariage à Paquin devait être une surprise pour les enfants de Brett McBain, que c’est la première fois qu’elle vient sur Rockface et qu’elle aimerait bien comprendre d’où vient la richesse dont son mari l’a assurée.
La propriété de Brett McBain est facile à trouver. Une heure de trajet en mule ou deux heures à cheval suffisent pour s’y rendre. C’est une grande maison dans le plus pur style western, apparemment située dans un champ de buissons ras et secs. Un puits est situé à une centaine de mètres de la demeure… et c’est tout. Une table est dressée dehors, dans la cour. Un repas de fête y trône. Il n’a pas été entamé. Quatre cadavres sont disposés dans la cour : Brett McBain et ses enfants, deux garçons et une fille. Le plus jeune avait à peine dix ans. Tous ont été tués par balles. Bien que choquée, Jill ne pleure pas. En fait, elle ne connaissait sa nouvelle famille qu’en photo... Malgré tout, elle souhaite rester sur place (mais comment Brett McBain comptait-il s’enrichir ?!).
Les personnages peuvent l’aider soit en contactant le shérif de Tabland (son apparence est celle de Kevin Costner dans le film Wyatt Earp), soit en débutant l’enquête eux-mêmes. Un jet de Perception Moyen permet de retrouver un lambeau de tissu brun, sans doute provenant d’un manteau de la même couleur, accroché dans un buisson. La maison elle-même ne renferme rien de spécial, hormis une grande maquette d’astroport dans une grange, ainsi que des vaisseaux spatiaux jouets, sans doute la propriété du plus jeune des garçons.
Une fois le shérif de Tabland averti, il ne tarde pas à conclure que ce sont les manteaux bruns de Chen Yen qui ont fait le coup. Bien qu’ils constituent une troupe non négligeable, cette fois c’en est trop ! Le shérif rassemble une milice de villageois et part à la recherche des bandits.
Si les personnages veulent se joindre à la battue, ils sont les bienvenus. Mettez alors en scène leur rencontre avec Chen Yen. Isolés du reste de la troupe, les personnages s’engagent dans un défilé et se retrouvent bientôt encerclés par des individus patibulaires (encore !) en manteaux bruns (sacré cliché, n’est-ce pas ?). Avant que les choses ne dégénèrent, Chen Yen se montre sans arme devant les personnages.
(équitation, tir au fusil, kung fu, commandement, vigilance, athlétisme)
| Force | : Excellent | ||
| Résistance | : Bon | Santé | : Bonne |
| Agilité | : Bon | ||
| Perception | : Bon | ||
| Éducation | : Faible | ||
| Apparence | : Moyen | ||
| Pouvoir | : Moyen |
Ce chinois rescapé de la bataille de Serenity Valley est une montagne ! Il mesure plus de deux mètres et est loin d’être un gringalet. Bref, quelqu’un qu’on n’oublie pas. Il arbore souvent un franc sourire que certains qualifient de niais mais, malgré son éducation plus que rustique, ce serait une erreur de le sous-estimer.
AVANTAGES : fusil de chasse, coup de poing américain (comme arme blanche), bandeSes hommes de main ont les mêmes caractéristiques que les faux manteaux bruns, mais eux sont des vrais Indépendants, comme leur chef.
Chen Yen ne cherche pas la confrontation (mais si les personnages cherchent…). Au contraire, il affirme être innocent du quadruple meurtre dont on l’accuse. S’il y a des Indépendants parmi les personnages, il fait appel à leur solidarité. Avec bon sens, il ne voit pas bien comment s’en sortir et, persuadé que sa mauvaise réputation (certes pas totalement usurpée) lui vaudra une condamnation à mort expéditive s’il est capturé, il compte sur les personnages, qui sont plus libres de mouvement que lui. Si l’amitié entre vétérans ne joue pas, il leur propose un peu de butin qu’il a de côté.
Si les personnages ne partent pas à sa poursuite, Chen Yen peut les rencontrer par hasard dans un bar ou encore les sortir d’un mauvais pas lorsqu’ils auront à faire à l’implacable Frank (voir section suivante). Après tout, les ennemis de ses ennemis sont ses amis, en théorie.
Morton est un cadre supérieur du Corone Mining Consortium. Depuis près de deux ans, il rachète les mines de nombreux petits prospecteurs de Rockface en toute discrétion. Les transactions sont toutes légales en apparence, mais Morton s’est assuré les services d’un mystérieux et dangereux homme de main connu sous le nom de Frank. Ce dernier, sans scrupule, n’hésite pas à recourir à des moyens d’intimidation plus ou moins violents selon la résistance du propriétaire (menaces, racket, harcèlement, sabotage, enlèvement...). Morton s’est ainsi rendu acquéreur de la majorité des mines de la petite lune.
L’étape suivante dans le plan de développement minier de Morton est d’acquérir un terrain suffisamment grand pour construire un astroport et assurer le transport du minerai extrait sur Rockface vers les planètes du Noyau. Mais pas de chance, un fichu irlandais du nom de Brett McBain y avait pensé longtemps avant lui, anticipant le développement économique de la petite lune. Il a donc acheté la plus grande plaine de la planète, en fait la seule susceptible d’accueillir un astroport de grande taille.
Morton a donc demandé à Frank d’intimider McBain pour faire baisser le prix du terrain. Mais celui-ci, face à l’entêtement de l’irlandais, a massacré toute la famille en tentant de faire porter le chapeau à Chen Yen, un stupide bandit local. C’est aussi lui qui, apprenant du fils mourant de Brett McBain la venue de Jill, a envoyé le comité d’accueil aux personnages.
(droit, administration, politique, géologie)
| Force | : Faible | ||
| Résistance | : Faible | Santé | : Faible |
| Agilité | : Faible | ||
| Perception | : Bon | ||
| Éducation | : Excellent | ||
| Apparence | : Bon | ||
| Pouvoir | : Bon |
Brun et moustachu, Morton a effectué l’essentiel de sa carrière sur Regina. Atteint par une forme aiguë de la maladie de Bowden, il a perdu l’usage de ses jambes. Malgré son traitement à la Pasceline-D, il souffre constamment et est obsédé par l’idée de sa mort prochaine. Il tient à remplir sa mission pour le Consortium avant de mourir.
AVANTAGES : contacts politiques, yacht spatial (Solidité Bonne, blindage lourd, système de communication), derringer en gousset
(équitation, tir, bagarre, discrétion, vigilance, intimidation, torture)
| Force | : Moyen | ||
| Résistance | : Bon | Santé | : Bonne |
| Agilité | : Excellent | ||
| Perception | : Bon | ||
| Éducation | : Moyen | ||
| Apparence | : Bon | ||
| Pouvoir | : Faible |
Grand, brun, yeux bleus, froids comme l’acier (Henri Fonda, quoi !), Frank est un salaud de la pire espèce. Bosser pour Morton lui a donné des idées et il pense le doubler, s’approprier le terrain de McBain et revendre le tout au Consortium.
AVANTAGES : Hommes de main, cheval, revolver Ses hommes de main ont les mêmes caractéristiques que les faux manteaux bruns (forcément, ce sont les mêmes gars).
La fin cette histoire dépend énormément des actions des personnages et notamment de leurs relations avec Chen Yen. Être en cheville avec lui est un gros atout. La violence débridée est une option pour résoudre la situation, mais si une confrontation directe survient avec Frank et ses hommes, le renfort des bandits n’est pas de trop.
Si la situation s’y prête (c’est-à-dire, que les joueurs ne se rappellent pas bien du film où qu’ils adhèrent à fond au trip), Frank peut aussi enlever Jill et la forcer à vendre la propriété McBain à vil prix aux enchères. Cela tombe bien, la mise à prix de Frank (il ne peut pas monter plus haut seul) est justement le montant de la prime offerte pour la capture de Chen Yen ! Qu’il faudra faire évader ensuite... ou pas...
Si les personnages ne sont pas enclins à combattre, ils disposent également de quelques solutions. L’une d’elle est de démontrer à Morton que Frank est en train de le doubler. Si les personnages présentent des preuves tangibles, cela le met dans une rage folle et il essaye de s’en prendre personnellement à Frank, ce qui lui coûte vraisemblablement la vie si on le laisse faire.
Une autre possibilité est d’accumuler des preuves des exactions de Frank (en le filmant en train d’enlever Jill McBain ou en l’enregistrant pendant qu’il la menace, par exemple). Présenter ces preuves au shérif permet de lancer un mandat d’arrêt contre lui (il peut éventuellement s’échapper pour revenir se venger plus tard, au choix du MJ). Elles peuvent aussi permettre de faire chanter Morton si son lien avec Frank est établi.
Quoi qu’il en soit, espérons que tout finit bien pour la belle veuve Ms McBain. Elle devra encore supporter quelques mois de dénuement, mais plutôt que de simplement revendre son terrain à prix d’or et de s’envoler vers le Noyau, elle négociera des parts non négligeables du capital du nouvel astroport et s’établira définitivement sur Rockface. Voilà qui pourra constituer une base sûre pour l’équipage ! Et qui sait, peut-être que l’un des personnages en pince pour Jill ?
(c) FFJdR