Opération « Choisy d’un livre à l’autre 2010 : A table ! »

Depuis maintenant deux ans, la FFJDR ne cesse de prendre des contacts dans les milieux institutionnels, et notamment dans les bibliothèques de France et de Navarre. Face aux enjeux désormais bien connus de ces structures (politique documentaire, publics, action culturelle etc.), un discours clair sur la nature et les avantages aussi bien ponctuels qu’à long terme du jeu de rôle ne pouvait que recueillir, le temps passant, l’adhésion d’un nombre croissant de professionnels de la lecture publique.

L’expérience de Choisy le Roi, conduite depuis 2009 et la première édition du festival du livre et de la lecture « Choisy d’un livre à l’autre », reconduite avec succès en 2010, en témoigne parfaitement malgré les impondérables hivernaux touchant tantôt les transports, tantôt les organismes fatigués…

Si l’on a en effet pu regretter (brièvement !) la transformation de l’une des deux tables prévues au programme en mini-stand de discussion sur le jeu de rôle auprès des visiteurs du festival (au bas mot 500 personnes le dimanche), l’autre a fonctionné du tonnerre grâce au travail de J-N Gatault de l’association « Les joueurs de Chimères« . Sur une adaptation impeccable de la nouvelle « Comment servir l’homme » de Damon Knight, celui-ci a transporté six joueurs, trois heures durant, dans un univers de science-fiction inquiétant à souhait. Interprétant quelques membres du personnel de l’ONU, ces derniers ont pu déjouer les plans des Kannamites et éviter une catastrophe diplomatique d’envergure !

Le premier élément de bilan d’un telle opération est l’indice de satisfaction des participants : large sourire, avec sous le bras le scénario, les personnages et les règles du Basic System pour prolonger les choses à domicile.

Le second, bien entendu, est l’image publique. Outre les spectateurs de la partie (un grand open space avec assez de place pour tourner autour des tables, s’installer dans des fauteuils pour écouter etc.), ce sont les organisateurs, leur hiérarchie et leurs partenaires qui ont pu observer le déroulement enthousiaste de l’après-midi, dans un cadre idéal où convergeaient les activités autour du thème de l’année : la cuisine, la gastronomie, l’alimentation.

Précisons les choses.

Les bibliothèques publiques, dans ce type de manifestation, mettent en jeu leur image et celle de leur ville auprès de nombreux visiteurs en invitant des auteurs en signature, en organisant des tables rondes, cartes blanches, projections, ateliers multimédia, démonstrations de cuisine, stands de libraires, stands promotionnels d’autres services municipaux dont l’activité se rattache au thème, mais aussi en faisant le pari d’une ambiance festive et familiale le dimanche par des activités ludiques mises en place avec le concours de la ludothèque locale voire du service municipal de la jeunesse et d’autres associations partenaires comme la FFJDR.

C’est un ensemble assez vaste et hétéroclite dans lequel le jeu de rôle peut désormais apparaître comme une composante attractive, détachée des craintes anciennes (dont en réalité peu de gens se souviennent sinon comme d’une mascarade) et bientôt également débarrassé d’une incompréhension quant à sa nature à laquelle sa discrétion médiatique et son absence des lieux de culture le condamnent depuis trop longtemps.

Choisy fut donc l’occasion renouvelée de faire partager partie sympa, scénario adaptant une oeuvre littéraire ou à situation ouverte et systèmes de jeux simples d’accès (dans la logique désormais traditionnelle de la FFJDR) à nombre de gens qui n’y avaient jusqu’alors jamais touché… ou presque. Car parmi les joueurs, on retrouvait notamment un groupe d’adolescents qui avaient eu une première approche par le biais des récents acquisitions de la médiathèque, et étaient depuis devenus « demandeurs », faisant à leur tour découvrir l’activité autour d’eux.

Ce fut aussi l’occasion pour des joueurs plus expérimentés de voir que dans leur ville, on pouvait trouver des lieux, des occasions, où jouer ensemble et où découvrir (et tester !) des jeux que l’on ne possédait pas dans l’optique, pourquoi pas, d’un achat en boutique spécialisée… voire de la création d’un club ? Si la question n’est pas encore à l’ordre du jour, on constate toutefois que les échanges d’adresses mails et les parties déjà programmées pourraient devenir un embryon de projet dont on ne pourrait que se réjouir en terme d’animation de la vie locale au niveau des publics adolescents.

Il reste toutefois du chemin à faire pour que l’engouement se répande, et l’on compte pour ce faire sur l’accroissement progressif du nombre de jeux à la médiathèque (3 en 2009, 6 en 2010, certainement 9 en 2011…) et sur l’éventuel recours à l’activité dans certaines autres animations. Se pose encore, cependant, la question de la disponibilité et de la compétence spécifique des personnels des bibliothèques pour réaliser ces animations : le recours à des intervenants extérieurs rémunérés semble ainsi constituer la tendance des directeurs d’établissements dont la responsabilité est engagée lors de chaque événement – indépendamment de la question de l’accueil de parties lorsque cette pratique est envisageable par la bibliothèque concernée, de la même manière qu’une salle de lecture permet aux usagers de profiter des documents sur place sans matériel ni personnel supplémentaire.

Par ailleurs, distribution a été faite d’un scénario créé par F. Deneuville sur le thème d’un grand restaurant parisien (imaginaire !) basé sur le système du « Jeu de Rôle pour tous » d’Imaginez.net à… un restaurant d’application Thiaisien de la Fondation des Orphelins d’Auteuil (i.e. une école pour jeunes cuisiniers). S’il est évidemment impossible à ce jour de dire quelles en seront les retombées, on a là l’exemple-type de ce qu’une convention rôliste pure ne saurait apporter au milieu : la diversité des contacts et la possibilité de monter, à terme, des partenariats constuctifs dans une optique ludique mais utile (la partie pédagogique éventuelle, c’est-à-dire essentiellement le niveau de documentation du scénario et les enjeux qu’il propose, ne pouvant être que le résultat d’une collaboration avec des professionnels compétents du domaine – ce que des rôlistes ne peuvent être qu’incidemment et non par nature).

Ainsi, au vu du faible nombre de tables proposées faute de place mais surtout parce que c’est la diversité des activités qui fait la richesse d’une telle opération, c’est d’abord un bilan qualitatif qu’il convient de faire de la présence du jeu de rôle dans les festivals culturels.

En réussir la promotion, c’est convaincre que sa nature – livresque, aussi bien individuelle que collective, collaborative & citoyenne, documentaire (parfois), multigénérationnelle (toujours), créative et profondément culturelle s’accorde manifestement avec ce dont les professionnels de la culture et notamment de la lecture publique s’engagent à faire la médiation auprès de leurs publics.

Choisy le Roi est un pas de plus fait dans cette direction – nous espérons pouvoir nous y associer de nouveau en 2011.

Date de publication : 31 décembre 2010